© Isabelle Dujardin
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Le théâtre Bastille accueille jusqu'au 31 octobre, le Tartuffe de Gwénael Morin créé en 2009 dans le cadre du "théâtre permanent" aux Laboratoires d'Aubervilliers.
Comme souvent chez Morin, le décor est quasi inexistant et les comédiens jouent sans costume. Tout est dans le jeu, la mise en scène virile et minutieusement chorégraphiée et la subtile réinterprétation de l’œuvre classique qui sous la scénographie de Morin et le jeu des comédiens révéle une parfaite modernité.
Depuis l'école, on savait les pièces de Molière plutôt drôles mais cet humour grinçant nous semblait d'un autre temps.
Morin accentue quelques traits, coupe quelques scènes sans toutefois dénaturer le propos principal. Il transforme, par exemple, la romantique et soumise Marianne en gourde irrésistible de drôlerie, insiste sur le caractère incestueux d'Orgon, surjoue la scène de séduction piège d' Elmire, fait de Damis un ado révolté. Et puis, Morin ose supprimer le happy end tiré par les cheveux et un rien lénifiant écrit par Molière, et permet à la pièce d'assumer jusqu'au bout son propos. Ainsi, l’irrésistible drôlerie de la pièce et sa modernité éclatent.
Bien sûr Morin convoque sur scène ses merveilleux comédiens et on retrouve ici Julian Eggerickx, Barbara Jund, Renaud Béchet, Ulysse Pujat et Grégoire Monsaingeon, tous magnifiques. Morin a juste la mauvaise idée d'interprété lui-même le rôle de Cléante. Et c'est sans doute le seul reproche que je pourrais lui faire. Gwénael Morin n'est pas très bon comédien ou en tous cas n'est pas à la hauteur de sa formidable troupe. Si je l'admire pour ses idées de mise en scène et de réécriture, je trouve dommage qu'il joue. Mais, face à tant de réussite ceci n'est qu'anecdote.
« Des Hommes et des Dieux » raconte les derniers jours des moines français de Tibhirine en Algérie auprès des habitants de leur village.
On peut faire au "Grand Prix du Jury" de Cannes 2010 quelques reproches.
Le film est assez lent mais d'une lenteur qui se justifie aisément. C’est elle qui installe l’atmosphère monacale et la peur et le doute qui s’immiscent.
Le film est inutilement long. Il est répétitif sans doute dans une volonté d’être le plus juste possible avec les sentiments des protagonistes. Du coup, l'oeuvre y perd en émotion. Le scénario se penche beaucoup sur frère Christophe, et revient souvent sur sa peur panique et sa perte de la foi. Sur les 9 frères, le film s’attarde ainsi surtout sur les frères Christian, Christophe et Luc. Pourtant tous les comédiens sont remarquables, on trouve intérêt à chacun des frères et on est frustré que certains soient délaissés.
Enfin, la scène finale est mal choisie. Il eut mieux valut arrêter le film après l'émouvant texte de frère Christian. Clore ce film humaniste sur les mots d’un humaniste, au-delà de la foi, aurait été plus juste. Ainsi, certains choix des scénaristes surprennent et déçoivent un peu.
Bref, « Des Dieux et des Hommes » est un film imparfait. Il n'en demeure pas moins remarquable. Remarquable par les hommes qu’il raconte, par les comédiens qu’il met en scène et par un certain talent du réalisateur à filmer l’inexprimable.
Simon Yates et Jo-Ann Lancaster accompagnés de leur deux enfants forment la troupe Acrobat.
Tout droit venus d'Australie, ils proposent un spectacle aux décors et accessoires minimalistes où l'acrobatie sert de prétexte et de support à l'expression de leurs humbles revendications. Ainsi, chaque "numéro-sketch" dénonce, non sans humour et une certaine auto-dérision, l' hyper consommation, l'argent roi, la pollution, l'exploitation au travail... mais aussi le diktat des bonnes pratiques...
Certaines acrobaties bluffent sans toutefois que l'ensemble nous impressionne vraiment.
Le spectacle vaut surtout par son originalité : épuration à l'extrême de l'habillage scénique, humour et auto-dérision et bien entendu militantisme.
Une curiosité dans la foule des spectacles formatés.
Rien de neuf sur
la toile : Tom Cruise en
agent pas très secret se bat seul contre tous affublé d'une Cameron Diaz en Madame tout le monde prise entre les feux des méchants et ceux de l'amour (de Cruise bien sûr).
Ca explose dans tous les sens, ça parle peu, ça grimace souvent.
Le jeu de Cameron Diaz relève le niveau de ce film de distraction qu'on oubliera vite.
De retour des Amériques, Joachim,
producteur, arrive en France avec une troupe de strip teaseuses New Burlesque à qui il a fait miroiter une gloire possible à Paris. Nous suivons la troupe dans une tournée de port en port en
attendant la capitale.
"Tournée" nous emporte dans un tourbillon de fantaisie, d'extravagance et de fête sur fond de solitude, d'abandon et de frustration.
C'est rapide, drôle et émouvant. La réalisation offre de belles séquences et beaux plans qui justifient le Prix de la mise en scène reçu à Cannes.
Le film est original, ses personnages vous emportent. Amalric en producteur looser ne vaut pas grand chose à côté de ses strip teaseuses qui assurent en toutes circonstances. Strip teaseuses parfaites parmi lesquelles on remarque plus particulièrement Miranda Colclasure au joli rôle de Maryline du strip tease.
Un excellent film donc qui nous sort des sentiers battus.
© Isabelle Dujardin
Curieusement encensée par la presse, cette comédie française ne peut que décevoir.
Bien que sympathiques, les actrices ont toutes les peines du monde à donner du souffle à un scénario sans originalité, un brin cucul et aux gags sans invention.
On réécoute avec plaisir "la drôle de vie" de Véronique Samson et si on sourit c'est surtout par empathie pour les comédiens particulièrement à l'aise dans leur rôle.
Ceci dit, la cible doit sans doute être très jeune et je ne suis sans aucun doute plus très jeune...
Au théatre de Dix Heures, Cédric Chapuis nous propose de rencontrer Adrien Lepage.
Adrien est un garçon à part qui ne vit que pour la batterie. Elle guide son parcours d'enfant et d'adolescent et bouleverse sa vie d'adulte.
Cédric Chapuis est un comédien magnifique, un conteur hors pair et un très bon joueur de batterie. Sous les traits d'Adrien, il nous emporte entre rires, musique et émotions pendant 1h30. Aucun problème de rythme dans l' histoire de ce curieux batteur. Et nul besoin d'être amateur de batterie pour goûter à cette histoire. Cerise sur le gâteau, l'intelligence de l'écriture nous mène à une conclusion surprenante et forte.
Une Vie Sur Mesure est originale inattendue, parfaitement écrite et merveilleusement interprétée. Un moment de grâce.
Il y a quelques temps
Jules Verne écrivait les aventures de Phileas Fog lancé dans le défi de réaliser le tour du monde en 80 jours maximum.
Le Café de la Gare s'est lancé, il y a 4 ans déjà, un autre défi : celui de jouer ces aventures sur une scène grande comme un timbre poste. A l'arrivée 4 ans de succès et ça continue toujours.
Trépidante parodie respectant parfaitement le roman, la pièce provoque rires sur rires à un rythme particulièrement soutenu. Seule réserve toutefois, la
sur-utilisation des anachronismes comme mécanique du rire finie par lasser un peu (un tout petit peu).
Les comédiens au nombre de 4 sont hilarants et d'une énergie époustouflante. Parfaitement rodés, ils jouent dans une absence quasi total de décor digne de ce nom. Leur force est de nous y faire croire d'un bout à l'autre.
Sans atteindre, le génie des "39 marches" d'Eric Metayer, ce Tour du Monde en 80 jours offre un très bon moment de théâtre comique.